Ces noms qui pèsent ...
Jean-Pierre Dubois Transmis par le père, le nom patronymique, est un héritage qui peut se révéler lourd à porter. Qui d’entre nous n’a pas connu un camarade de classe, un collègue de travail ou un voisin dont le nom prêtait à sourire. Ayons une pensée amusée mais compatissante pour tous les Boudin, Grossein, Croquemort, Le Pourry, Conart et autres Mortdefroy, Lanusse ou Jolicon.
Pourtant certains de ces noms encombrants aujourd’hui étaient sans équivoque, il y a quelques siècles. Ainsi, un cocu n’était que le célèbre oiseau devenu coucou et le conard ou conon, une personne audacieuse selon la racine germanique. Quant aux Labitte, leurs ancêtres étaient probablement casseurs de pierres.
Sur le site Internet Le Ridicunom, un palmarès des noms de famille les plus ridicules de France voit une lutte féroce entre les Prout, Débile, Conard, Crotte, Legland, Bonnichond, Queulvée, Goret, Lavache, Anus, Elbèze… Mais n’oublions pas les noms de sinistre réputation tels les Judas, Hitler, Mussolini, Pétain, Landru, Petiot...
Risibles ou préjudiciables, on comprend le désir légitime de modifier son nom pour retrouver une vie sociale plus sereine. Cela est possible.
En effet, la loi du 8 janvier 1993, autorise le changement de patronyme pour les cas de nom ridicule ou pouvant porter préjudice, de nom à consonance étrangère et enfin pour la survivance d'un nom illustre, par exemple un “ citoyen mort pour la patrie ”. Chaque année le Conseil d’Etat autorise au moins 800 changements. Toutefois, la procédure est longue - trois ans - et lourde. La jurisprudence est claire : le plaignant ne pourra changer de nom que s'il réussit à prouver de façon irréfutable que celui-ci lui est préjudiciable.
En premier lieu, le demandeur doit faire publier la modification envisagée au Journal Officiel. Puis il lui faut adresser un dossier de demande de changement de nom au Garde des Sceaux. Une lettre doit expliquer les raisons de l'abandon du nom d'origine et le choix du nom demandé. Des documents complémentaires établiront le bien-fondé de la demande.
Depuis 1803, et la loi du Consulat, du 11 germinal an XI, prévoyant que “ toute personne qui aura quelque raison de changer de nom en adressera la demande motivée au gouvernement ”, des milliers de personnes (environ 32 000) ont pu changer de nom. Au premier rang desquels on trouve les Cocu, Cochon, Bordel, Labitte, Putin, Crétin, Connard, Salaud.
Ainsi en faisant preuve de patience tout Crétin pourra se transformer en Cristin, et tout Labitte en Lafitte. |